« Dernières Nouvelles d’Alsace », 6 mai 2019

Une très belle critique de Serge Hartmann dans le quotidien alsacien.

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L’image et le son / Un récit de Raphaël Meyssan

Avec les damnés de la Commune

Entre l’essai historique, le roman graphique et la recherche iconologique, Raphaël Meyssan brouille les pistes et livre le deuxième tome de sa magistrale trilogie Les Damnés de la Commune. Un travail stupéfiant d’intelligence sur cette séquence révolutionnaire qui embrasa le Paris populaire de 1871, porté par l’espoir fou d’une société sans classes.

Il fut l’une des figures de la Commune. Ouvrier gazier à Belleville, Charles Hippolyte Lavalette (1829-1905) apparaissait déjà dans les fiches de la police comme « un homme exalté et dangereux » avant même l’insurrection du 18 mars 1871 contre le gouvernement de Thiers qui déboucha sur la proclamation de la Commune de Paris. Doté des talents d’un tribun, Lavalette n’avait eu aucun mal à se faire élire comme officier au 159e bataillon de la Garde nationale et participera aux combats contre les Versaillais.

C’est en apprenant que le communard habitait, à un siècle et demi de distance, dans le même immeuble que lui, au 6 rue Lesage, dans le XXe arrondissement, que Raphaël Meyssan a commencé à s’intéresser à lui. Et à enquêter dans les archives à la recherche de toutes les informations disponibles à son sujet.

De même que, au chapitre des « vies minuscules », il fit la découverte des mémoires de Victorine. Femme du peuple, épouse d’un soldat de la Garde impériale sous le Second Empire, elle adhéra aux idéaux fraternels de la Commune. Victorine prendra part aux combats comme ambulancière, notamment dans le secteur d’Issy où les Versaillais avaient concentré leurs efforts, afin de percer les défenses des insurgés et entrer dans la capitale par la porte de Saint-Cloud. De ce destin poignant d’une femme qui subit deux sièges successifs (d’abord celui des Prussiens, durant lequel elle perdra ses deux enfants, victimes de la faim et de la maladie, puis celui des Versaillais) subsiste un récit autobiographique : Victorine B., Souvenirs d’une morte vivante, parue en 1976 chez Maspéro.

Ce sont ces deux trajectoires que Raphaël Meyssan entremêle dans sa passionnante trilogie Les Damnés de la Commune, dont le deuxième tome, Ceux qui n’étaient rien, vient de paraître. Suivant la chronologie des événements, qu’il décline à travers le vécu de Lavalette et Victorine, l’auteur offre un récit où la grande Histoire se décline au rythme de petites histoires qui lui apportent une consistance humaine.

De la proclamation de la Commune de Paris à l’Hôtel de Ville, le 28 mars 1871, à la percée des Versaillais, qui parviennent, le 9 mai 1871, à prendre possession du fort d’Issy, dernier verrou avant l’accès dans la capitale, Raphaël Meyssan décline toutes les étapes en utilisant des gravures en noir et blanc, parues dans la presse de l’époque, ou dans des ouvrages publiés peu après les faits. Une fois le matériau iconographique identifié, Raphaël Meyssan y ajoute des phylactères et commentaires qui construisent la narration des événements.

Par son originalité, le résultat brouille les frontières habituelles qui séparent la bande dessinée du livre d’histoire illustré – participant en fait des deux registres. Le scénariste délaisse le secours d’un dessinateur et convoque ces innombrables témoins qui gravèrent les scènes auxquelles ils avaient assisté pour la plupart. Le lecteur a ainsi l’impression d’être porté par le flux documentaire d’une Commune abordée comme jamais elle ne l’avait été jusqu’alors jusqu’alors.

Une Commune que Raphaël Meyssan aborde avec empathie, sans ignorer pour autant ses zones d’ombre, dont le décret sur les otages, réponse maladroite aux exécutions des fédérés par les Versaillais – pour un fédéré fusillé, trois otages étaient supposés être exécutés. L’énorme erreur de la Commune, relevée très tôt par Marx, qui depuis Londres suivait les événements, est aussi soulignée par Raphaël Meyssan. Les négociations lancées par les Versaillais ont permis à ces derniers d’organiser leurs forces (obtenir la libération par les Prussiens de 60 000 hommes, l’arrivée de troupes fraîches venues de province…), alors même qu’ils n’avaient qu’un seul objectif : écraser le mouvement. « Sans le concours que me prêtèrent les maires et quelques députés de Paris, lesquels amusèrent, dix jours durant, les gens de l’Hôtel de Ville, nous étions perdus », devait par la suite reconnaître Thiers.

Serge Hartmann

Les Damnés de la Commune (Tome 2 : Ceux qui n’étaient rien), de Raphaël Meyssan, chez Delcourt, 144 pages, 23,95 €.

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