Une critique de Michel Bonnet sur « Critiques libres »

12 décembre 2017

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« Une magnifique surprise !!!

Jeudi dernier, j’ai eu le plaisir de rencontrer Raphaël Meyssan, un auteur de bandes dessinées atypique et très sympathique. Je l’ai interviewé sur son album À la recherche de Lavalette, premier opus de son triptyque Les Damnés de la Commune… Je le remercie pour ce très beau moment…

Oui, il s’agit réellement d’un travail étonnant et de très grande qualité, c’est profondément touchant et le lecteur ne peut pas rester indifférent à une telle lecture… Ça ressemble à une bande dessinée et c’est aussi beaucoup plus !

En effet, comme le dit avec simplicité Raphaël Meyssan, quand on a un projet de bande dessinée, très personnel, que l’on ne sait pas dessiner et que l’on veut rester seul aux commandes du dit-projet, alors il faut trouver une solution… et la sienne est excellente pour ne pas dire plus !

En fait, il avait envie de raconter la Commune de Paris, de faire à cette occasion de la vulgarisation historique et il s’est servi de la gravure de l’époque qui était à la fois précise, historique, esthétique, disponible… En six ans – oui, c’est un grand projet qui a nécessité beaucoup de temps et de persévérance – il a trouvé, dépoussiéré, récupéré, scanné et stocké plus de 15000 gravures dont il s’est servi pour raconter son histoire, plus exactement, celle de Gilbert Lavalette !

Oui, dès la première page de son premier album, on part avec l’auteur en chasse d’un personnage, Lavalette, un homme qui vient de son quartier, de sa rue, peut-être même de son immeuble… Il a été un acteur de la Commune et l’auteur veut savoir qui il a été tout en nous racontant l’histoire de la Commune à travers celle de Lavalette… Enfin, c’est peut-être l’inverse !

Dans les gravures, il découpe, recadre, agrandit, rétrécit, zoome, pour proposer des cases d’une très bonne qualité sans jamais retoucher graphiquement la gravure originale. Il place ensuite ses bulles, son texte et le tour est joué, nous sommes bien dans une bande dessinée…

Ça fonctionne parfaitement bien, cela n’a rien d’artificiel et très vite on est emporté dans une véritable bande dessinée d’aventure sur fond historique…

On a un narrateur, une sorte d’enquêteur policier ou journaliste, qui recherche Gilbert Lavalette – enfin, s’il s’agit bien de son vrai prénom ! Lavalette a été connu de son vivant, en particulier juste avant et pendant la Commune. Il y a donc quelques traces de lui dans certains ouvrages, dans certains rapports de police, actes de justice… L’enquête n’est pas simple mais elle avance au rythme de l’histoire qui commence à la fin de l’Empire – le Second – et nous arriverons à la fin de ce premier volume à la veille de la Commune… Tout est en place pour le drame…

En cours de recherche apparait Victorine, une contemporaine de Lavalette, et, chance inouïe, cette femme a la vie somme toute ordinaire dans une période qui ne l’est pas, a écrit ses mémoires, un ouvrage qui a été réédité… Chance pour notre Raphaël Meyssan ! Cela permet à l’auteur d’incarner son récit, d’avoir un personnage féminin fort et, enfin, de nous raconter quelques anecdotes passionnantes !

J’avoue avoir été séduit par l’ouvrage, par l’histoire, par l’auteur avec qui la discussion s’est prolongée au-delà des limites habituelles de la simple interview… Le premier tome sera donc suivi de deux autres volumes mais l’auteur promet d’être plus classique maintenant avec un tome 2 dans un an, un dernier volume dans deux ans…

Alors, bien sûr, il y aura toujours des esprits chagrins pour dire que les Communards n’étaient pas des anges, que l’Empereur n’était pas si noir, que son entourage avait beaucoup fait pour la France, que Paris ne serait pas Paris sans Haussmann et Poubelle, que les militaires et les bourgeois n’ont pas tant tué de Communards que cela, que la répression ne fut pas terrible… Bref, on peut toujours réécrire l’histoire mais Raphaël Meyssan a décidé, lui, de rester dans l’histoire avec un souci méticuleux de vérification et validation de ses éléments historiques. Quand rien n’est précisé, quand il y a un vide, alors il y place un élément fictionnel mais crédible, cohérent avec l’histoire… Il rend accessible l’histoire à tous sans la déformer. Il vulgarise comme il avait décidé de le faire et met en lumière les femmes et les hommes qui sont devenus les communards !

Vous comprendrez donc que je vous conseille donc cette lecture car cela me semble tout simplement excellent ! »

(Les Damnés de la Commune de Raphaël Meyssan dans « Critiques libres » par Michel Bonnet.)

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