Entretien dans « Le Soir » (Belgique)

Daniel Couvreur a réalisé un entretien avec Raphaël Meyssan dans le quotidien belge des 24-25 mars 2018.

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« Ce communard aurait pu être mon voisin »

Le jeune Raphaël Meyssan fait revivre la Commune de Paris en gravures d’époque

Raphaël Meyssan fait de la bande dessinée avec des gravures anciennes, à l’image de Philippe Geluck, mais à cette différence près que ses détournements ont une fin historique. Dans Les damnés de la Commune, l’auteur raconte comment les révolutionnaires de la Commune de Paris ont tenté de bâtir une République sociale au crépuscule du Second Empire.

À partir d’un simple nom, celui d’un certain Lavalette, « remarqué sous l’Empire pour ses opinions révolutionnaires », Raphaël Meyssan fait revivre la Commune de Paris de l’intérieur, des réunions d’agitateurs aux Folies-Belleville, à celles des comités de l’Association internationale des travailleurs ou au siège de Paris par les armées prussiennes. Car pour tenter d’apaiser la fureur révolutionnaire, Napoléon III avait eu la mauvaise idée d’attiser le nationalisme et de se trouver un ennemi extérieur en la personne du chancelier Bismarck. Après un fiasco militaire, l’empereur humilié serait fait prisonnier par les Prussiens et Paris se retrouverait assiégée avec pour seuls défenseurs... les communards !

Qu’est-ce qui vous a mis sur la piste de Lavalette, ce communard oublié ?

Dans l’immeuble où j’ai emménagé à Paris, rue Lesage, j’ai découvert par hasard que Lavalette avait habité chez moi ! Il était communard. J’ai cherché sa trace dans les archives. Il a existé. Il a croisé de grands personnages historiques comme le révolutionnaire Auguste Blanqui, franc-maçon et fondateur de la gazette Ni Dieu ni maître, ou Gabriel Ranvier...

Comment avez-vous eu l’idée de créer une bande dessinée à partir de gravures anciennes ?

Cet album est né d’un handicap ! J’avais envie de faire une bande dessinée sur la Commune de Paris mais je ne savais pas du tout dessiner. En fouillant dans les archives, j’ai découvert d’innombrables gravures dans les collections de vieux journaux. J’ai eu l’idée de contourner le problème de l’image en utilisant des dessins d’époque. J’ai acheté des collections, vidé des greniers, farfouillé chez Emmaüs... ce fut un énorme investissement de temps et d’argent. Au final, j’ai digitalisé plus de 15 000 illustrations. Ensuite, j’ai dû recadrer ou associer plusieurs images entre elles, parfois, pour arriver à construire une véritable histoire.

Malgré vos nombreuses recherches, Lavalette, vous échappe. Comment faire un livre dont on ne peut pas représenter le héros ?

C’était le plus grand défi. Je n’avais pas de représentation de mon personnage. Je pouvais seulement suggérer qu’il soit passé ici ou là. Heureusement, je me suis aperçu qu’il était possible de raconter une histoire sans forcément en montrer tous les acteurs. Cela permet d’entretenir le mystère et le suspense. En réalité, parmi tous les acteurs du récit, je ne disposais d’une iconographie fournie que pour Napoléon III.

Qu’est-ce qui vous passionne dans la Commune de Paris ?

Ce que j’ai envie de montrer, ce n’est pas forcément ce que l’histoire en a retenu. La Commune a été idéalisée, à travers la figure de l’anarchiste Louise Michel et de son drapeau noir, par exemple. Lavalette est un personnage a priori plus anecdotique. Ce qui m’intéresse, c’est pourquoi la Commune a eu lieu, comment cela s’est réellement passé et comment le mouvement a été réprimé. L’histoire officielle a notamment oublié qu’on n’a pas hésité à faire tirer sur le peuple. La Commune est un moment-clé de l’histoire sociale du XIXe siècle. C’est la vraie fondation de la République avec l’émergence de Jules Ferry, connu aujourd’hui comme le père fondateur de l’école de la République mais qui n’était pas forcément dans le camp que l’on croit...

Les combats de la Commune sont toujours actuels ?

La Commune est l’illustration de la confrontation entre la population et ceux qui la dirigent. Je voulais faire vivre tout cela autrement qu’à travers un discours purement intellectuel. Je pense, par exemple, à ce débat à l’Assemblée Nationale, où les députés ont accepté de céder l’Alsace et la Lorraine à Bismarck. Il régnait parmi les élus réfugiés dans un théâtre un esprit de capitulation complète. Ils vont céder non seulement des territoires mais les populations qui les habitaient ! C’est l’illustration parfaite et actuelle qu’il y a des principes sur lesquels on ne doit pas céder.

Daniel Couvreur

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« Inter CDI »

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Les Damnés de la Commune étaient un coup de cœur de Canal BD Magazine, le journal du réseau de cent-vingt librairies de bande dessinée, de décembre 2017/janvier 2018.

« Le journal de 8h » de France inter

Jacqueline Pétroz a réalisé un magnifique reportage sur Les Damnés de la Commune pour le journal de France inter du 18 mars 2018, jour de l’anniversaire de l’insurrection.

Une critique sur « La Cliothèque »

Frédéric Stévenot a rédigé une critique des Damnés de la Commune, le 10 février 2018, pour le site des Clionautes, qui rassemble des enseignants en histoire et géographie.

Une critique sur « Daily Mars »

Doumé Nikoni a écrit une critique sur Les Damnés de la Commune, le 27 février 2018.