Michèle Audin, 18 novembre 2019

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« Les orphelins de l’histoire » – troisième volume des Damnés de la Commune, de Raphaël Meyssan

J’interromps le décompte des morts de la Semaine sanglante pour vous parler des Orphelins de l’histoire.

Le troisième et dernier épisode du roman graphique de Raphaël Meyssan se déroule principalement pendant cette même Semaine sanglante.

Il y a environ deux ans, j’ai annoncé brièvement la parution de À la recherche de Lavalette. Au mois de mai dernier, j’ai consacré un article à Ceux qui n’étaient rien. À Paris, Notre-Dame venait de brûler et je concluais mon article autour de cette actualité. Le troisième volume des Damnés de la Commune, paru ce mois-ci, commence par l’évocation de Notre-Dame — comment un narrateur contemporain aurait-il pu l’éviter ? D’autant plus que Lavalette, son « héros » — mais en est-ce un ? — est de ceux qui ont évité que la cathédrale brûle en 1871.

Ce narrateur, le « je » des Damnés de la Commune, poursuit toujours son voisin Lavalette — ou Lavelatte ? — dans différents services d’archives et à travers un Paris désormais investi par l’armée versaillaise. S’il est toujours guidé par Victorine, il écoute aussi Malvina Blanchecotte, « opposée à la Commune mais modérée », lui raconter ce qu’elle a vu de la guerre des rues et des massacres.

Voici ceux qui n’étaient rien, ceux qui n’auraient pas d’histoire si Raphaël et d’autres ne nous en parlaient pas, ceux que les versaillais se sont attachés à faire disparaître, dans les massacres et dans les livres d’histoire.

Raphaël Meyssan, comme dans les deux premiers volumes, ne dessine pas, ne les dessine pas… mais fait parler les images, des images anciennes, recadrées, retaillées, ré-arrangées à sa façon.

Plutôt qu’un long discours, voici une vilaine reproduction d’une image si classique qu’on peut même en voir une partie reproduite sur le mur du jardin du Luxembourg qui y est représenté (je l’ai déjà utilisée dans un autre article).

Et voici comment Raphaël Meyssan l’utilise dans une double page de son livre (n’hésitez pas à cliquer sur cette image pour l’agrandir — et même à cliquer une deuxième fois) :

 

Comme auteure de Comme une rivière bleue, je me suis sentie assez proche de cette façon de faire.

La Commune de Paris n’a pas vraiment été une « révolution sans images ». Il y a eu des images d’actualités dans la presse (réactionnaire) française et peut-être davantage dans la presse anglaise — celle du Luxembourg ci-dessus vient d’un journal anglais. Mais Raphaël Meyssan n’utilise pas que des illustrations de presse. L’évêque de Belley qui accueille Lavalette en fuite, après la Semaine sanglante, possède des chandeliers qui vous rappelleront peut-être ceux d’un autre évêque dans un (autre) roman… Victor Hugo, en vers et en prose, est d’ailleurs mis plusieurs fois à contribution dans Les orphelins de l’histoire.

Je n’en dirai pas beaucoup plus. Le roman de Raphaël Meyssan est d’une grande richesse et chaque lecture, puis re-lecture apporte de nouvelles découvertes. Vous trouverez peut-être, au milieu de tout ce malheur, une « rue du Bonheur »…

Peut-être encore un mot, quand même, sur le titre. Nous sommes les orphelins de l’histoire. Mais peut-être le sommes-nous un peu moins après avoir lu ce livre : Victorine l’a dit au narrateur :

Cette histoire — c’est la tienne — je te la confie — prends soin d’elle — protège-la — et, surtout, partage-la — transmets-la.

 


Après avoir glissé un coup d’œil dans l’agenda de Raphaël Meyssan, je vous informe :
—  qu’il dédicacera chacun des trois tomes ou même le coffret — oui, il y a un coffret — le samedi 7 décembre après-midi au Salon du livre de Boulogne-Billancourt…
—  qu’il les présentera et les dédicacera le mercredi 18 décembre à 20 h à la librairie Libertalia, 12 rue Marcellin Berthelot à Montreuil.
Ça tombe bien… juste à temps pour utiliser ces magnifiques livres comme cadeaux de fin d’année.


 

Une autre page des Orphelins de l’histoire me servira de transition vers la suite de ma série d’articles sur les morts de la Semaine sanglante.

Michèle Audin

 


Livres cités ou auxquels il est fait allusion dans cet article

Meyssan (Raphaël), Les Damnés de la Commune, 1-À la recherche de Lavalette, Delcourt (2017), — 2-Ceux qui n’étaient rien, Delcourt (2019), — 3-Les orphelins de l’histoire, Delcourt (2019).

Brocher (Victorine), Souvenirs d’une morte vivante, A. Lapie (1909), — Souvenirs d’une morte vivante Une femme dans la Commune de 1871, Libertalia (2017).

Blanchecotte (Augustine-Malvina), Tablettes d’une femme pendant la Commune, Didier (1872).

Audin (Michèle), Comme une rivière bleue, L’arbalète-Gallimard (2017).

Tillier (Bertrand), La Commune de Paris, révolution sans images ?, Champ-Vallon (2004).

Hugo (Victor), Notre-Dame de Paris, Bouquins (1995), — Les Misérables, Bouquins (1995), — L’Année terrible, Michel Lévy (1872).

 

 

(Lire l’article de Michèle Audin sur son passionnant blog consacré à la Commune de Paris)

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