Hors Série : Ludivine Bantigny invite Michèle Audin et Raphaël Meyssan

Dialogue pour le site d’entretiens filmés issus d’Arrêt sur images, le 9 novembre 2019.

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Extrait de l’émission (Hors-Série du 9 novembre 2019)

 

Voir la vidéo en entier (80 min), sur le site Hors-Série (sur abonnement)

 
 

Présentation de l’émission, par Ludivine Bantigny

« Le spectre de Mai parlera ». Ce sont les mots de Louise Michel, ceux d’Eugène Vermeersch, ceux que tous deux ont brandis pour évoquer la Commune sans cesse surgie hors de méandres de l’oubli. « Tous ces braves au cœur tendre que Versailles appelait des bandits, leur cendre est à tous vents, les os furent rongés par la chaux vive ; ils sont la Commune, ils sont le spectre de mai ! », écrit Louise Michel pour ne rien perdre ni effacer. En lisant ces mots forts sur les morts inoubliés, comment ne pas penser à cet autre Mai, 1968, qui salua la Commune et qui obsède aussi les mémoires en conflit ? Et comment ne pas penser à ce qui se passe aujourd’hui, où nous aspirons de nouveau et enfin aux « communs », à une existence juste, à une organisation non capitaliste de la vie, extirpée de la logique écrasante du profit ?

Libération d’une parole populaire, joie et fête malgré l’issue tragique, semaines intenses de démocratie active : la Commune de Paris a été tout cela à la fois. Pour cette « carte blanche » que m’a offerte l’équipe de Hors-Série – et je l’en remercie ! –, mon choix s’est porté sur l’évocation de cette Commune vivante, de cette Commune présente. Pour en saisir l’intensité, l’émission propose un dialogue avec la mathématicienne et écrivaine Michèle Audin, dont la connaissance sur la Commune de Paris est aussi précise que précieuse - on lui doit notamment Comme une rivière bleue (Gallimard) et la présentation des écrits de Varlin - Eugène Varlin, ouvrier relieur 1839-1871 (Libertalia) ; et Raphaël Meyssan, auteur de magnifiques bandes dessinées à la fois passionnantes et savantes, Les Damnés de la Commune, dont le troisième tome, Les orphelins de l’histoire, paraît ce 6 novembre (Delcourt). Tous deux ont une approche sensible de cette histoire politique et populaire. Leur imagination fertile offre de la découvrir par les lieux revisités et des temporalités entremêlées. On est ici mais on est aussi déjà là-bas, à Belleville et Ménilmontant ou sur le parvis de l’Hôtel de Ville, en ce printemps, il y a près de 150 ans.

Car « la Commune n’est pas morte ». La formule est célèbre mais elle n’est pas pour autant galvaudée. On le voit à bien des aspects : d’abord à l’historiographie foisonnante et renouvelée qui en cerne de nouveau aspects ; ensuite à l’inventivité créatrice et artistique qui prend l’expérience pour sujet ; enfin au présent des soulèvements populaires, comme le mouvement des gilets jaunes, qui s’y réfère. Tant de « 1871 » sur le dos des gilets ; tant d’appels déterminés à une démocratie vraie.

La Commune demeure une référence puissante, quand bien même il n’y aurait pas une vérité de l’événement. Au fond, que s’est-il passé ? Marx disait de la Commune que sa réussite et son sens, c’était d’avoir existé. Le soulèvement a rendu palpable le spectre d’autres avenirs, renoué avec l’hypothèse de la révolution en la rendant tangible et possible, fait de l’imagination une action. Louise Michel s’en souvenait : « On voulait tout à la fois arts, sciences, littérature, découvertes, la vie flamboyait. On avait hâte de s’échapper du vieux monde ». Et même si ce monde-là n’a pas été mis à bas, un autre s’est ouvert grâce à chacun de ces soulèvements, qui ont dialogué par-delà le temps.

Aujourd’hui, les livres consacrés à la Commune semblent dire, chanter et dessiner cette volonté farouche d’enjamber les années. Ce dialogue avec Michèle Audin et Raphaël Meyssan en témoigne. L’histoire, comme l’écrit Éric Fournier, est un « antidote à la résignation », contre la « litanie de l’oubli ». Et un autre grand historien de la Commune, John Merriman, l’a confié en livrant les sentiments éprouvés près du Mur des Fédérés, quand vient la nuit. Dans l’air du soir, on croirait entendre les mots de Thomas Wolfe où se murmure que le passé n’est pas mort : « Oh lost, and by the wind grieved, ghost, comme back again »… Dans le soleil des luttes ou les vents affligés, ce fantôme nous revient encore. Le passé pour mieux parler du présent, la Commune pour repenser le commun.

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