Une critique de Jean-Laurent Truc sur « Ligne claire »

12 décembre 2017

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« Les Damnés de la Commune », une charge forte

L’idée était pour le moins étonnante, séduisante et novatrice. Raconter l’une des plus dramatiques périodes de notre Histoire, la Commune de Paris en 1871 en ne se servant que des gravures d’époques, en les rassemblant, les découpant, les détournant, les légendant sans jamais les trahir, c’est le défi que s’est donné Raphaël Meyssan. Les Damnés de la Commune est une traque, la recherche obstinée d’un certain Lavalette, communard obscur dont la trace a été perdue. Mais ce que Meyssan a avant tout pour but c’est dire la vérité, revisiter cette Commune dont nombreux se revendiquent sans vraiment la connaître ou, pour d’autres les plus nombreux en ont fait un épisode que l’on oublie, lointain et ramené à des clichés qui s’estompent. Une charge, c’est vrai, cette narration mais d’une rare force et bourrée de détails vrais et terrifiants.

Il habite Paris de nos jours Raphaël Meyssan, sur la colline de Belleville. Par hasard il tombe sur un nom, Lavalette demeurant 6, rue Lesage. C’est sa maison mais qui est donc ce Lavalette, un révolutionnaire commandant sous la Commune ? Comment en savoir plus ? Les archives de la Police ont brûlé en 1871. Il retrouve Lavalette dans un dossier de 1872. Un agitateur ce Lavalette et Meyssan remonte le temps, piste ce fantôme qui vit au temps des Misérables. Et puis il y a Victorine et sa vie de tristesse et de chagrin. Peu à peu le puzzle se met en place, la mort de Victor Noir tué par le Prince Bonaparte, les manifestations et les Prussiens qui feraient bien un sort à l’Alsace et à la Lorraine. Paris est assiégée, la guerre de 1870 est perdue, l’Empire chancelle. La République frappe à la porte et avec elle Jules Ferry, Gambetta, Jules Favre. La Garde Nationale veut défendre Paris. Gambetta s’envole en ballon. Le gouvernement capitule Thiers en tête. La Commune s’insurge et la famine s’installe.

On colle au plus près des événements et le choix de se servir des gravures d’époque apporte un poids supplémentaire au récit. Il en aura fallu 15 000 à Meyssan qui n’est pas un dessinateur pour signer cette œuvre, un réquisitoire contre ceux qu’on appellera les Versaillais qui anéantiront la Commune. Tentative honnête d’une auto-gestion très en avance sur son temps, la faiblesse de la Commune a été de n’être que parisienne. C’est le peuple de Paris qui a refusé d’être désarmé, frustré aussi par la chute de Napoléon III. On attendait le bonheur, la paix, la trahison, ce sera la guerre et la répression terrible. La France ne suivra pas la Commune. Le témoignage qu’en fait Meyssan est puissant, émouvant et surtout instructif sur les tours de passe passe des politiques.

(Les Damnés de la Commune de Raphaël Meyssan dans « Ligne claire » par Jean-Laurent Truc)

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