Archivistes ! : entretien avec Raphaël Meyssan

Dans un entretien avec le journal de l’Association des archivistes français (AAF) de janvier-mars 2018, je parle du rôle central des archives dans l’écriture et la narration des Damnés de la Commune.

2021-09-22T13:41:19Z

Les Damnés de la Commune
À la recherche de Lavalette

Entretien avec Raphaël Meyssan

Quel est votre parcours ?

Les Damnées de la Commune est ma première bande dessinée. J’ai fait des études de sciences politiques à l’université de Saint-Denis et je suis graphiste depuis une quinzaine d’années. Comme graphiste, j’ai toujours cherché à travailler avec des personnes qui ont des choses à dire et non à vendre. Parmi ces personnes, il y a des artistes, des universitaires… et beaucoup d’archivistes. Au contact des archivistes, j’ai découvert leur passion et je l’ai partagée.

Comment est né ce projet ?

Ce projet est né grâce à la fréquentation des archivistes. J’avais envie de faire quelque chose sur la Commune de Paris. Cette histoire tragique m’avait marqué. Le fait qu’elle s’inscrive dans ma ville, dans mon quartier, lui donnait chair. Lorsque j’ai découvert, par hasard, qu’un communard avait vécu dans mon immeuble, j’ai eu envie d’en savoir plus. Et, après des années aux côtés d’archivistes, je ne me suis pas posé de questions : j’ai filé aux archives ! De fil en aiguille, le livre est devenu une enquête dans les archives.

Pouvez-vous nous présenter votre ouvrage ?

Le livre commence par l’enquête que le narrateur mène dans les archives pour découvrir la vie de Lavalette, son voisin communard. Puis, il rencontre le témoignage de Victorine, une autre communarde, dont le récit le bouleverse et l’accompagne tout au long de sa quête. À travers les vies de Lavalette et de Victorine, il découvre l’histoire de la Commune de Paris. Ce premier livre raconte les années qui ont conduit à l’insurrection du 18 mars 1871. Il sera suivi par deux autres pour former un grand récit, une épopée, l’épopée des communards.
Outre cette enquête dans les archives, cette bande dessinée a une autre particularité : elle n’est pas réalisée avec des dessins que j’ai fait moi-même, mais exclusivement avec des gravures de l’époque de la Commune. C’était un immense défi : comment raconter une histoire, construire une œuvre cohérente avec des gravures réalisées par des artistes différents et publiées dans des journaux et des livres variés ? Il me fallait trouver assez de gravures pour pouvoir raconter une histoire sur trois livres de près de cent cinquante pages chacun. J’ai passé des années à collecter la matière iconographique, dans des vides-greniers, des brocantes, des librairies spécialisées en livres anciens… J’en ai fait venir de Suisse, de Londres, des États-Unis… Et, petit à petit, je me suis inventé mon propre mode d’expression, moi qui ne sais pas dessiner. J’ai fait une œuvre qui est vraiment personnelle, mais qui est aussi une œuvre composite, réalisée avec des artistes qui ont vécu il y a un siècle et demi.

Pourquoi avoir eu recours aux archives et quelles conséquences cette fréquentation a-t-elle eues sur votre travail ?

Le point de départ de mon histoire a été la découverte de ce voisin communard. J’ai d’abord cherché ce qui avait été écrit à son sujet, mais c’était très pauvre. J’ai surtout trouvé une petite notice dans Le Maitron, le dictionnaire biographique du mouvement ouvrier. En bas de la notice, il y avait des pistes qui m’ont conduit aux Archives nationales, aux archives de la préfecture de police de Paris, aux archives historiques de la Défense… Après, on se laisse prendre au jeu. La découverte de chaque document qui raconte un bout de l’histoire est un grand moment de joie. On est dans une salle de lecture, parmi des chercheurs qui étudient dans le plus grand calme, au milieu du silence… et on exulte intérieurement ! C’est un jeu de piste exaltant !
Mais, un jour, il faut savoir s’arrêter pour passer à une autre phase : celle de l’écriture du récit. Et, là, j’ai à nouveau fait un choix important : celui de ne pas romancer, de ne pas inventer. J’ai décidé de m’en tenir aux informations que j’avais trouvées dans les archives et de ne rien ajouter d’autre. C’est pourquoi j’ai mis en scène ce personnage du narrateur-enquêteur. Les archives sont devenues pour lui ce que sont les preuves pour dans une enquête policière. Mon personnage central est Lavalette, il donne d’ailleurs son nom à ce premier tome : À la recherche de Lavalette. Mais c’est un héros invisible. Il fonctionne de la même manière que le meurtrier dont on recherche l’identité dans une enquête policière. Dans cette enquête, on ne cherche pas le meurtrier, mais le héros.
Les archives sont parcellaires. Elles racontent l’histoire de manière incomplète. Je n’ai pas cherché à combler les blancs. J’ai, au contraire, utilisé ce manque comme ressort narratif. L’archive et l’absence d’archive sont devenues la matière du récit.

Voir le site de l’Association des archivistes français (AAF)

Découvrez le premier tome de la trilogie Les Damnés de la Commune de Raphaël Meyssan. Ce roman graphique historique unique, intégralement réalisé à partir de gravures du XIXe siècle, plonge le lecteur dans le Paris insurgé de 1871. À travers une enquête minutieuse sur les traces de Lavalette, un communard disparu, l’auteur redonne vie à Victorine Brocher et aux figures oubliées de la révolution. Un ouvrage de référence mêlant rigueur documentaire et narration visuelle époustouflante.
Publication
Éditeur
Delcourt
ISBN
978-2-4130-0233-8
Pages
144
24,50
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Réalisation : Raphaël Meyssan

Film d’animation documentaire - 1h27
Grâce à un dispositif esthétique extrêmement original qui a séduit le public tout comme la critique, Raphaël Meyssan nous plonge au cœur de la Commune de Paris. Une adaptation virtuose de son roman graphique !
À la fin des années 1860, Paris gronde. Pour détourner la colère sociale, les gouvernants ciblent un ennemi extérieur, la Prusse. Mais le conflit vire au fiasco et, en septembre 1870, la capitale est encerclée. L’Empire s’effondre, un gouvernement provisoire est institué. Les Parisiens, eux, refusent de se rendre et organisent l’élection d’une Commune, proclamée le 28 mars 1871.
Avec les voix de Yolande Moreau et Simon Abkarian, et la participation exceptionnelle de Mathieu Amalric, Fanny Ardant, Charles Berling, Sandrine Bonnaire, André Dussollier, Anouk Grinberg, Arthur H, Félix Moati, François Morel, Denis Podalydès, Michel Vuillermoz, Jacques Weber.
Scénario de Raphaël Meyssan avec la participation de Marc Herpoux. Musique de Yan Volsy et Pierre Caillet. Une production de Fabienne Servan Schreiber et Sandrine Manciet.
Cinétévé - ARTE France, 2021.
2,99
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