BD Gest’ : « Raphaël Meyssan rend captivant un sujet aride »

J. Milette propose une critique du tome 2 des Damnés de la Commune de Raphaël Meyssan, le 1er avril 2019

2021-09-22T13:41:16Z

Mars 1871, la Commune de Paris est proclamée. Contre toute attente, les révolutionnaires délaissent aussitôt le pouvoir pour le remettre au peuple en organisant une élection. Dans l’ensemble, les choses se passent plutôt bien. Il n’y a pas vraiment d’abus et les droits de chacun sont généralement respectés. Pendant ce temps à Versailles, les militaires astiquent leurs armes. Les communards l’ignorent, mais dans soixante-douze jours leur utopie ne sera plus qu’un glorieux souvenir.

Pour réaliser Les Damnés de la Commune, Raphaël Meyssan a accompli une exceptionnelle recherche documentaire, comme en témoignent les nombreux extraits de correspondances, les documents et les coupures de presse ponctuant l’ouvrage. L’entreprise se révèle solide, mais le résultat est par moments austère. Chaque événement est consigné dans ce livre qui a des allures de manuel d’histoire. Le bédéiste établit tout de même une trame narrative en y inscrivant une enquête sur un certain Lavalette. Ce dernier vivait dans le même immeuble que le narrateur, et a joué un petit rôle dans l’insurrection. Tout au long du récit, le lecteur reçoit donc des nouvelles du personnage qui, sans véritablement s’affirmer comme un protagoniste, demeure une figure récurrente.

La quête d’information ayant également un volet iconographique, l’auteur a accumulé un grand nombre de gravures d’époque mises au service du projet. Par un impressionnant travail de découpage, de recadrage et de fragmentation, il arrive à créer une véritable bande dessinée et même à faire preuve de beaucoup d’audace dans l’agencement des vignettes. Son corpus se montre suffisamment uniforme pour que le bédéphile ne sente pas de réelles différences de style d’une case à l’autre. Le processus présente néanmoins ses limites et le jeu des comédiens n’est pas toujours en parfaite adéquation avec l’action. Cela dit, les illustrations sont très belles et c’est un plaisir de les examiner.

Avec cet exercice, Raphaël Meyssan démontre qu’à défaut d’être doué pour le dessin, il sait faire parler les images et construire une planche. Il confirme aussi qu’il peut rendre captivant un sujet aride.

J. Milette

 

 

(Les Damnés de la Commune de Raphaël Meyssan dans « BD Gest’ » par J. Milette)

Découvrez le premier tome de la trilogie Les Damnés de la Commune de Raphaël Meyssan. Ce roman graphique historique unique, intégralement réalisé à partir de gravures du XIXe siècle, plonge le lecteur dans le Paris insurgé de 1871. À travers une enquête minutieuse sur les traces de Lavalette, un communard disparu, l’auteur redonne vie à Victorine Brocher et aux figures oubliées de la révolution. Un ouvrage de référence mêlant rigueur documentaire et narration visuelle époustouflante.
Publication
Éditeur
Delcourt
ISBN
978-2-4130-0233-8
Pages
144
24,50
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Réalisation : Raphaël Meyssan

Film d’animation documentaire - 1h27
Grâce à un dispositif esthétique extrêmement original qui a séduit le public tout comme la critique, Raphaël Meyssan nous plonge au cœur de la Commune de Paris. Une adaptation virtuose de son roman graphique !
À la fin des années 1860, Paris gronde. Pour détourner la colère sociale, les gouvernants ciblent un ennemi extérieur, la Prusse. Mais le conflit vire au fiasco et, en septembre 1870, la capitale est encerclée. L’Empire s’effondre, un gouvernement provisoire est institué. Les Parisiens, eux, refusent de se rendre et organisent l’élection d’une Commune, proclamée le 28 mars 1871.
Avec les voix de Yolande Moreau et Simon Abkarian, et la participation exceptionnelle de Mathieu Amalric, Fanny Ardant, Charles Berling, Sandrine Bonnaire, André Dussollier, Anouk Grinberg, Arthur H, Félix Moati, François Morel, Denis Podalydès, Michel Vuillermoz, Jacques Weber.
Scénario de Raphaël Meyssan avec la participation de Marc Herpoux. Musique de Yan Volsy et Pierre Caillet. Une production de Fabienne Servan Schreiber et Sandrine Manciet.
Cinétévé - ARTE France, 2021.
2,99
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