Explication de gravures pour la Commune de Paris sur Arte
Le film de Raphaël Meyssan, entre BD et roman graphique, s’appuie sur les souvenirs de l’anarchiste Victorine Brocher.
C’est une soirée « en hommage aux révoltés de la Commune » à laquelle nous convie ce soir, Arte. Au moment où la ville de Paris commémore cette insurrection qui a chamboulé la capitale en 1871, voici une 1 h 30 pour se remettre en mémoire ces soixante-douze jours qui finirent sous et dans le feu.
Après la chute de l’Empire et le siège de Paris par les Prussiens, la Commune de Paris est proclamée le 28 mars 1871. Elle expérimente des réformes sociales, avant de se faire balayer par l’armée versaillaise, lors de la semaine sanglante. On comptera 20 000 morts et 40 000 prisonniers, dont certains sont envoyés à Cayenne ou, comme comme Louise Michel, en Nouvelle-Calédonie.
Tranche d’histoire illustrée
Parmi les communards, se trouve Victorine Brocher. Le documentaire, écrit par Raphaël Meyssan et lu par les acteurs Simon Abkarian et Yolande Moreau, s’appuie en partie sur ses mémoires. Cette anarchiste de 30 ans, cantinière puis ambulancière d’un bataillon de fédérés, qui échappa à « la semaine sanglante », sera accusée d’avoir mis le feu à la Cour des comptes. Née dans une famille républicaine (sa mère est ouvrière lingère et son père est un franc-maçon socialiste qui a choisi de devenir cordonnier), elle racontera ces événements dans Souvenirs d’une morte vivante, publiés en 1909. Le texte, poignant, est engagé comme cette femme l’était. Sous sa plume, la soirée tisse et trame l’histoire d’une lutte collective, menée par des milliers d’inconnus pour la justice sociale. Et cherche visiblement à donner une voix à des personnages effacés par le roman national, bâti sous la IIIe République.
La grande réussite de Raphaël Meyssan est d’avoir puisé dans des centaines de gravures parues dans les journaux et des livres d’époque pour illustrer les voix off (dont celles d’André Dussollier, Jacques Weber et Denis Podalydès).
Cette tranche d’histoire illustrée est assez spectaculaire et techniquement très réussie. On passe d’une image à une autre, la lecture étant facilitée par quelques rares animations. Les dessins originaux, montés par le studio d’animation Miyu, se succèdent, magnifiques, vrais. Ils finissent par prendre vie, à mi-chemin entre la bande dessinée et le roman graphique. En toile de fond, bruitages et musique accompagnent ces archives, et font de ce documentaire un « ovni », comme le qualifie elle-même la chaîne Arte.
Grâce à un dispositif esthétique extrêmement original qui a séduit le public tout comme la critique, Raphaël Meyssan nous plonge au cœur de la Commune de Paris. Une adaptation virtuose de son roman graphique !
À la fin des années 1860, Paris gronde. Pour détourner la colère sociale, les gouvernants ciblent un ennemi extérieur, la Prusse. Mais le conflit vire au fiasco et, en septembre 1870, la capitale est encerclée. L’Empire s’effondre, un gouvernement provisoire est institué. Les Parisiens, eux, refusent de se rendre et organisent l’élection d’une Commune, proclamée le 28 mars 1871.
Avec les voix de Yolande Moreau et Simon Abkarian, et la participation exceptionnelle de Mathieu Amalric, Fanny Ardant, Charles Berling, Sandrine Bonnaire, André Dussollier, Anouk Grinberg, Arthur H, Félix Moati, François Morel, Denis Podalydès, Michel Vuillermoz, Jacques Weber. Scénario de Raphaël Meyssan avec la participation de Marc Herpoux. Musique de Yan Volsy et Pierre Caillet. Une production de Fabienne Servan Schreiber et Sandrine Manciet. Cinétévé - ARTE France, 2021.