Focus littérature : « L’utilisation des gravures permet de remettre la Commune de Paris dans son contexte »

Une critique du tome 1 des Damnés de la Commune de Raphaël Meyssan, le 20 décembre 2017

2021-09-22T13:41:19Z

Il aura fallu six ans à Raphaël Meyssan pour réaliser cette BD dans laquelle il n’a fait aucun dessin. Chaque case est en effet issue de gravures parues dans des livres et journaux du XIXe siècle. Un travail colossal de numérisation et d’organisation pour faire des décors et des personnages de ces gravures des éléments concrets de l’histoire. Une histoire qui débute de nos jours à la Bibliothèque historique de la ville de Paris. Meyssan tombe sur un document qui parle d’un communard du nom de Lavalette ayant vécu à l’adresse de l’immeuble où il habite, à Belleville. À partir de cette information, l’auteur va chercher à retracer le parcours de son lointain voisin et découvrir sous un jour nouveau les événements ayant conduit à la révolution de 1871.

J’ai trouvé cet album passionnant. Certes, le lecteur ne peut qu’être désarçonné par la forme au départ. Mais très vite on constate qu’il n’y a rien d’artificiel dans l’utilisation des gravures. Leur agencement donne le rythme de la narration, narration qui respecte pour le coup tous les codes de la bande dessinée.
L’enquête, riche de centaines d’heures passées aux archives, riche de déconvenues, de fausses pistes et d’un brin de chance, montre que Lavalette est catalogué comme activiste fauteur de trouble par les forces de l’ordre. Cependant, bien peu de traces de lui subsistent suite à la destruction des archives de la police durant la Commune. Difficile d’établir son véritable état civil, difficile de connaître son métier et son rôle dans la révolution.

Mais à force d’abnégation, Meyssan parvient à dresser le portrait pas toujours reluisant d’un homme qui n’aura cessé de le fasciner. En parallèle les gravures illustrent le témoignage bouleversant de Victorine B., une parisienne vivant avec mari et enfants dans la misère la plus totale au cœur de Montmarte au moment où les barricades sont dressées par la population. Le chevauchement des histoires de Lavalette et de Victorine offre à la fois de la puissance et une véritable cohérence à l’enquête menée par l’auteur.

Rien n’est inventé, ni dans les faits relatés, ni dans la chronologie des événements. Évidemment le propos souligne une prise de position engagée en faveur des rêves de justice sociale portés par les acteurs de la Commune, ces hommes, femmes et enfants morts pour défendre un idéal auquel ils ont cru jusqu’au bout. Mais la réalité historique n’est à aucun moment déformée dans le sens de cet engagement. Et au final, l’utilisation des gravures permet de remettre la Commune de Paris dans son contexte, avec les matériaux graphiques de l’époque, révélant ainsi la vision que cette époque avait d’elle-même. Tout simplement fascinant !

(Lire la critique sur Les Damnés de la Commune de Raphaël Meyssan sur « Focus littérature » du 20 décembre 2017 et sur le blog de l’auteur « D’une berge à l’autre »)

Découvrez le premier tome de la trilogie Les Damnés de la Commune de Raphaël Meyssan. Ce roman graphique historique unique, intégralement réalisé à partir de gravures du XIXe siècle, plonge le lecteur dans le Paris insurgé de 1871. À travers une enquête minutieuse sur les traces de Lavalette, un communard disparu, l’auteur redonne vie à Victorine Brocher et aux figures oubliées de la révolution. Un ouvrage de référence mêlant rigueur documentaire et narration visuelle époustouflante.
Publication
Éditeur
Delcourt
ISBN
978-2-4130-0233-8
Pages
144
24,50
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Réalisation : Raphaël Meyssan

Film d’animation documentaire - 1h27
Grâce à un dispositif esthétique extrêmement original qui a séduit le public tout comme la critique, Raphaël Meyssan nous plonge au cœur de la Commune de Paris. Une adaptation virtuose de son roman graphique !
À la fin des années 1860, Paris gronde. Pour détourner la colère sociale, les gouvernants ciblent un ennemi extérieur, la Prusse. Mais le conflit vire au fiasco et, en septembre 1870, la capitale est encerclée. L’Empire s’effondre, un gouvernement provisoire est institué. Les Parisiens, eux, refusent de se rendre et organisent l’élection d’une Commune, proclamée le 28 mars 1871.
Avec les voix de Yolande Moreau et Simon Abkarian, et la participation exceptionnelle de Mathieu Amalric, Fanny Ardant, Charles Berling, Sandrine Bonnaire, André Dussollier, Anouk Grinberg, Arthur H, Félix Moati, François Morel, Denis Podalydès, Michel Vuillermoz, Jacques Weber.
Scénario de Raphaël Meyssan avec la participation de Marc Herpoux. Musique de Yan Volsy et Pierre Caillet. Une production de Fabienne Servan Schreiber et Sandrine Manciet.
Cinétévé - ARTE France, 2021.
2,99
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