La République versaillaise en marche

Tribune de Michèle Audin et Raphaël Meyssan, parue dans Mediapart, le 5 mars 2020.

2021-09-22T13:41:16Z

En 1871, avec la Commune, « la France avait le choix entre deux chemins différents : celui d’une République sociale ou celui d’un régime de l’ordre social ». Le préfet Didier Lallement et le Président de la République, estiment Michèle Audin et Raphaël Meyssan, s’inscrivent dans l’héritage « d’un régime qui a fait la guerre à sa propre population. Celui d’un camp qui marche sur un autre ».

Une dangereuse référence historique est choisie. Le président de la République et ses soutiens revendiquent l’héritage d’un épisode sanglant de notre histoire : la répression de la Commune de Paris par le gouvernement versaillais, en 1871.

Emmanuel Macron a affirmé : « Versailles, c’est là où la République s’était retranchée quand elle était menacée. » L’éditorialiste Christophe Barbier a explicité la référence : « Il y a vraiment une filiation directe entre Emmanuel Macron et Adolphe Thiers. Adolphe Thiers, premier ministre de Louis-Philippe, très jeune comme Macron, et qui revient en 1870 pour installer et conforter la République. En massacrant les communards, il sauve la République. » Définissant le rôle que lui a confié le Président, le préfet de police de Paris Didier Lallement se donne aujourd’hui pour modèle l’un des officiers les plus compromis dans le massacre des communards : « Pour se prendre pour Jules Vallès, il faut avoir son Galliffet. »

Rappelons quelques éléments de cette histoire vieille de cent quarante-neuf ans…

Le 18 mars 1871, Adolphe Thiers et son gouvernement — et non la République — ont fui à Versailles. Ils ont rejoint une Assemblée nationale non pas républicaine, mais très majoritairement royaliste. Ils se sont appuyés sur une armée certainement pas républicaine, mais façonnée par deux décennies d’un Second Empire qui venait de s’effondrer à Sedan, six mois plus tôt.

Dans Paris, les défenseurs de la République — qu’ils voulaient démocratique et sociale — ont choisi de consulter la population et ont mis en place la Commune de Paris, une assemblée communale régulièrement élue. La Commune décida la séparation de l’Église et de l’État, l’instruction publique laïque et obligatoire, l’égalité de traitement entre enfants naturels et « légitimes », ainsi que de considérables réformes sociales, au cours d’un grand moment démocratique où la population prit la parole et fut entendue.

En 1871, la France avait le choix entre deux chemins différents : celui d’une République sociale ou celui d’un régime de l’ordre social. Pendant soixante-douze jours, la Commune s’est engagée dans le premier chemin. Versailles l’a brutalement arrêtée. Du 21 au 28 mai 1871, le gouvernement d’Adolphe Thiers a pris Paris, quartier par quartier, lors de ce qu’on appela la Semaine sanglante. Environ vingt mille Parisiens furent massacrés. Nous ne parlons pas de combattants morts l’arme à la main, mais d’hommes, de femmes et même d’enfants exécutés de sang-froid, alors que les combats étaient terminés et que la ville était occupée militairement.

À Versailles, on tenta une restauration monarchique qui échoua. Puis, en 1875, les lois constitutionnelles de la Troisième République furent votées… par les mêmes députés monarchistes. Ce régime mis en place à Versailles n’est pas la République sociale dont rêvaient les communards, mais une République de l’ordre social : la République versaillaise.

L’héritage choisi par Emmanuel Macron et ses soutiens n’est pas la République. C’est celui d’un régime qui a fait la guerre à sa propre population. Celui d’un camp qui marche sur un autre. Le préfet de police l’a confirmé à une manifestante : « Nous ne sommes pas dans le même camp ! »

Michèle Audin, auteure du roman Comme une rivière bleue (L’arbalète/Gallimard, 2017)

Raphaël Meyssan, auteur du roman graphique Les Damnés de la Commune (Delcourt, 2017-2019)

 

 

(À lire sur Mediapart.)

Découvrez le premier tome de la trilogie Les Damnés de la Commune de Raphaël Meyssan. Ce roman graphique historique unique, intégralement réalisé à partir de gravures du XIXe siècle, plonge le lecteur dans le Paris insurgé de 1871. À travers une enquête minutieuse sur les traces de Lavalette, un communard disparu, l’auteur redonne vie à Victorine Brocher et aux figures oubliées de la révolution. Un ouvrage de référence mêlant rigueur documentaire et narration visuelle époustouflante.
Publication
Éditeur
Delcourt
ISBN
978-2-4130-0233-8
Pages
144
24,50
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Réalisation : Raphaël Meyssan

Film d’animation documentaire - 1h27
Grâce à un dispositif esthétique extrêmement original qui a séduit le public tout comme la critique, Raphaël Meyssan nous plonge au cœur de la Commune de Paris. Une adaptation virtuose de son roman graphique !
À la fin des années 1860, Paris gronde. Pour détourner la colère sociale, les gouvernants ciblent un ennemi extérieur, la Prusse. Mais le conflit vire au fiasco et, en septembre 1870, la capitale est encerclée. L’Empire s’effondre, un gouvernement provisoire est institué. Les Parisiens, eux, refusent de se rendre et organisent l’élection d’une Commune, proclamée le 28 mars 1871.
Avec les voix de Yolande Moreau et Simon Abkarian, et la participation exceptionnelle de Mathieu Amalric, Fanny Ardant, Charles Berling, Sandrine Bonnaire, André Dussollier, Anouk Grinberg, Arthur H, Félix Moati, François Morel, Denis Podalydès, Michel Vuillermoz, Jacques Weber.
Scénario de Raphaël Meyssan avec la participation de Marc Herpoux. Musique de Yan Volsy et Pierre Caillet. Une production de Fabienne Servan Schreiber et Sandrine Manciet.
Cinétévé - ARTE France, 2021.
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