Bien sûr, il existe d’autres calendriers utilisés par des croyants. Le calendrier hégirien, utilisé par les musulmans, compte le temps depuis le départ de Mahomet de La Mecque vers Médine. Selon ce décompte, nous ne sommes pas en 2026, mais en 1448. Le calendrier hébraïque, lui, mesure le temps depuis la création supposée du monde. D’après lui, nous sommes en 5786.
Utiliser un calendrier laïc : le calendrier républicain
Et si nous choisissions un autre calendrier, le seul qui soit laïc ? Celui mis en place pendant la Révolution française et qu’on appelle calendrier républicain. Certains disent « calendrier révolutionnaire ». Il n’a officiellement existé que de 1792 à 1805. On ne le trouve que dans les archives de l’époque révolutionnaire : les dates des journaux, les documents administratifs, les actes de naissances ou de décès... On lit alors, en chiffres romains, « an IV », « an X »...
Voici pourquoi nous devrions utiliser le calendrier républicain...
2000 ans d’Histoire ?
Le calendrier chrétien, que nous appelons assez hypocritement « ère commune », nous place dans une temporalité particulière. Nous avons construit notre vision de l’Histoire sur cette temporalité. Ainsi, il n’y a si pas longtemps, France Inter proposait à ses auditeurs l’émission « 2000 ans d’Histoire » [1], comme si notre récit historique commençait naturellement il y a 2000 ans.
On serait bien en mal de dire quand l’Histoire de France à commencé. Et, pourtant, dans les manuels scolaires, une date revient : 52 avant J.-C. Cette année-là, Vercingétorix perd la bataille d’Alésia contre Jules César. Dans notre imaginaire, la Gaule, présentée comme l’ancêtre de la France, commence ici, il y a 2000 ans.
Notre imaginaire est profondément marqué par ces « 2000 ans ».
On ne compte depuis J.-C. que depuis quelques siècles
Et, pourtant... La chronologie depuis l’Incarnation du Christ a été proposée vers 525 par le moine Denys le Petit, qui tenta de fixer une nouvelle manière de compter les années. Son idée de mesurer le temps depuis l’Incarnation du Christ, qu’on appelle Anno Domini, est restée longtemps marginale. Partout en Europe, on a continué à compter le temps par années de règnes (de tel roi, de tel empereur, de tel pape...). Il faut attendre deux siècles pour qu’un autre moine, Bède le Vénérable, dans son Histoire ecclésiastique du peuple anglais (vers 731), contribue à diffuser cet usage.
Mais l’idée se répand lentement, très lentement... Dans les manuels, nous apprenons que le 25 décembre de l’an 800, le roi des Francs, Charlemagne, est couronné empereur à Rome. L’an 800 ! Cela claque ! Pourtant, dans les actes officiels de l’époque, les dates étaient rarement exprimées uniquement selon l’Anno Domini.
Plutôt que l’an 800, on disait : Anno regni XXXIII, imperii I, c’est-à-dire la « 33e année de son règne, première année de son empire ».
Pas d’an 800. Pas de peur de l’an 1000 non plus. En 999, la majorité des populations ne se pensait pas dans un temps mesuré depuis Jésus Christ.
Après l’an 1000, Anno Domini se diffuse très progressivement dans l’Europe de l’Ouest. En Europe de l’Est, dans l’Empire byzantin, on utilise l’Anno Mundi, qui est un autre calcul de la création du monde. Le monde aurait été créé en 5509 av. J.-C. (en 3761 av. J.-C., selon les juifs). Le monde orthodoxe a continué pendant des siècles à se situer dans le temps depuis l’Anno Mundi. La Russie n’a remplacé l’Anno Mundi par l’Anno Domini qu’en 1700.
Compter depuis la proclamation de la République
Si nous comptons le temps depuis l’an 1 de la République (1792), nous changeons notre vision du temps. Ainsi, nous ne sommes pas en 2026, mais en 234. Pour plus de simplicité, je propose que nous utilisions les chiffres arabes (d’origine indienne), plutôt que les chiffres romains (« CCXXXIV » est difficilement lisible aujourd’hui).
Nous pourrions ainsi faire commencer notre période historique aux concepts de République et de démocratie, de nation et de souveraineté populaire. Cela aurait une certaine cohérence. Bien plus que de tenter de relier ce que Jules César a appelé « la Gaulle », l’Empire romain, les Francs, le christianisme médiéval et la France contemporaine. En tout cas, cela nous obligerait à penser l’Histoire.
Changer notre manière d’être dans l’Histoire
Il ne s’agit pas de supprimer l’Anno Domini. Il s’agit de changer notre perspective temporelle, d’enrichir notre vision du temps et de l’Histoire, de transformer notre manière d’être dans l’Histoire.
Pour cela, j’ai créé un convertisseur de calendrier grégorien en calendrier républicain / révolutionnaire. Son originalité est de ne pas se limiter aux seules années de l’existence légale du calendrier (de 1792 à 1805), mais de nous donner les moyens de calculer toutes les dates de de 1001 avant J.-C. à 3000 après J.-C. Grâce à lui, chacun peut, par exemple, calculer sa date de naissance ou celle de ses enfants et de ses parents. Ainsi, je ne suis pas né le 3 octobre 1976 (comme je le croyais), mais bien le 12 vendémiaire an 185 de la République.
Octobre est un mois de fin d’année – je me pensais de la fin de l’année. Vendémiaire, le mois des vendanges, est le premier mois de l’année républicaine – je suis né en début d’année. Car notre année commence avec l’équinoxe d’automne [2].
Et Jésus ? Selon la prolongation théorique du calendrier républicain, Jésus est né le 2 nivôse an -1792 de la République !
— > Utiliser le convertisseur de date grégorienne en date républicaine
[1] « 2000 ans d’Histoire », émission animée par Patrice Gélinet, de 1999 à 2011, sur France Inter (écouter les archives).
[2] Comme le prévoit l’article III du décret du 4 frimaire an II de la Convention nationale






